J’ai longtemps cru penser que je voulais savoir
Ce que cela fait d’avoir faim le ventre plein
En mangeant sans envie de ce pain quotidien
Au lieu de mourir à jeun du matin au soir
J’essayais alors d’imiter mon désespoir
Qui se nourrissait bien d’une vie sans entrain
Après les joies légères comme un vieux levain
Enflant les cœurs restés longtemps dans leurs mouroirs
Je raisonnais et pensais alors sans y croire
Vexer un ventre vide qui verrait ma fin
Avant le repos d’un cœur pétri de chagrin
Pour que meure enfin cette manie de l’espoir
Je crois hélas avoir failli à mes déboires
Rassasié de malheurs, je rends grâce au destin
Et jamais ne me plains, même les jours sans pain,
Quand vient revivre en vers et en vain ta mémoire