Alyosha & Zosima

Personal poetry in different languages.

❛In principio erat Verbum.❜ A.I. Free

Le chant de Bouddha

⇧ SECTION LISTING

Le cœur du vrai sage ne connaît ni la rage ni la colère,
Il est aussi bleu qu’un ciel sans orage et sans tonnerre.

Son reflet est sans vanité et ses silences sans humilité,
Car il puise sa substance dans la vacuité de l’immensité.

Il a connu les murmures obscurs des danses sans musique,
Quand le soleil et la lune s’unissent dans des éclipses tantriques.

Il a appris hélas que ces soupirs meurent tous en chants tragiques,
Où on perd son dernier souffle à vouloir retrouver ces nuits magiques.

Il a bu au tonneau sans avoir soif et goûté à la chair sans avoir faim,
Lors de banquets où les bardes chantent des chansons sans refrains.

Il reconnaît que ces plaisirs meuvent l’esprit et le corps comme des pantins,
Et ne s’adonne plus au diktat des désirs, mais délivre le dharma du destin.

Ses rêves sont maintenant plus vrais que nos illusions et nos chimères,
Toutes aussi insaisissables que la ligne d’horizon entre l’éther et la mer.

Sa voix parle les indénombrables dialectes que divise notre équateur,
Mais c’est l’homme d’une seule parole, celle qui unit les cœurs.

Dans sa bouche, nos prières, où nos amours amers se meurent,
Sont des mantras aussi roses que des champs de cerisiers en fleur.

Aux langues fourchues et vénéneuses qui sifflent à ses oreilles,
Il révèle les soûtras pour qu’elles ne chantent que leurs merveilles.

Son nom peut être traîné dans la boue, dans la fange et dans la lie,
Ecrit dans l’humus, le nom de Bouddha donne à la fleur du lotus la vie.

Une dague peut ouvrir sa chair, une parole peut déchirer son cœur,
Mais son sang et ses larmes coulent vers le Gange malgré les heurts.

Dans le malheur il sait qu’il doit vider son cœur du fiel de ses pleurs,
Pour ensuite le remplir avec bonheur de la senteur du miel des fleurs.

Pourtant il ne convoite ni le bonheur, ni ne se complait dans la tristesse,
Mais son sourire illumine les douleurs de sa candeur et de son allégresse.

De même, il ne cherche ni la liberté des airs, ni l’asservissement des fers,
Son âme appartient à mille dieux, mais de mille temples il a réussi à se défaire.

Captif comme le bourgeon en mai, sa servitude est la sève de l’épanouissement,
Libre comme la feuille d’automne, sa plénitude est dans l’ascèse du détachement.

Si telle semble être la voie de la sagesse, elle est toutefois aussi ardue,
Qu’essayer de saisir à l’aide d’une unique baguette deux grains de riz crus.

Mercredi, le 4 août 2010
Jean-Michel LEON-FOUN-LIN