J’ai cette intime conviction qui me prend aux tripes,
Cette ultime intuition, née du fond de mes entrailles,
Que le hasard et ses coïncidences remplies de sens
Ne peuvent expliquer un monde sans queue ni tête.
J’en veux pour preuve cette place qui m’est réservée,
À moi l’anus, trou du cul si mal aimé mais nécessaire
Quand bien même vous ne pourriez si peu me sentir,
Dans l’angle mort de l’entrejambe où je suis acculé.
Cachez-moi au possible ce cul que je ne saurais voir,
Vous dites-vous, des hauteurs si ingrates de la honte.
Mais la nature est bien faite car là où je suis, personne,
Ni même son ombre, ne peut ni ne veut y fourrer le nez,
À part peut-être un thermomètre les jours de grand froid.
Au besoin alors quelque suppositoire vient faire son trou
Dans l’espoir bien illusoire de guérir d’une vie sans fièvre.
Autrement il faut vraiment avoir les yeux en face des trous
Pour voir, avec un peu de recul, ce qui ne vous regarde pas.
Hélas, ne voyant jamais plus loin que le bout de votre nez,
Vous ne sentez que les relents des appétits livrés aux vents.
C’est ainsi que vous supputez un peu de ma petite présence,
Quand rien ne laissait paraître la puanteur d’une telle pudeur.
Voyez-vous, moi l’anus, je suis de ces mystères insondables,
Comme ces trous noirs que vos savants font mine de voir
Dans un ciel somme toute moins sombre que leur science.
N’ont-ils aucun jugement pour ainsi croire en leurs lacunes ?
N’est pas Dieu qui veut, surtout dans la fierté de vos erreurs.
Tout anus que je suis, je me garde comme je peux de penser
Être sorti un jour tout droit de la cuisse de Janus ou Jupiter.
Je vis donc sans gloire en espérant si peu mourir sans honte.
Mais ce n’est là que bravade d’un cul assis entre deux chaises,
Et pour n’être pas faux cul, ma vie, au fond, est un cul-de-sac.